J'aime mon travail, mais... En présentant jeudi les premiers résultats de la grande enquête « Parlons travail » de la CFDT, Laurent Berger, le secrétaire général de la centrale, n'a pas éludé « toute l'ambivalence » des réponses. D'un côté, sont évoqués le plaisir, la fierté ou l'épanouissement dans le travail. De l'autre, sont dénoncées la charge excessive et les nuisances physiques ou psychiques de leur activité. « Le syndicalisme est interrogé comme toutes les institutions. Mais si nous ne nous saisissons pas de cette question, nous n'aurons plus d'utilité », a-t-il insisté.

Lancé il y a six mois, « Parlons travail » a recueilli 20 millions de réponses de la part de plus de 200.000 personnes, salariés du privé dans des grandes comme des petites entreprises, agents du public, chômeurs, jeunes... A l'origine, cette enquête marquait la volonté de la CFDT de remettre le travail, souvent traité sous le seul angle de l'emploi, au coeur du débat politique, mais aussi de recruter de nouveaux adhérents (« Les Echos » du 21 septembre).

Parmi les principaux enseignements qu'en a tirés le syndicat figure en première place le fait que 77 % des répondants aiment leur travail, même si subvenir à ses besoins reste la première motivation. Quatre sur dix continueraient même à travailler s'ils gagnaient au Loto ! A travailler peut-être, mais dans un contexte différent certainement aussi, car l'enquête fait ressortir des conditions d'exercer son métier plus que difficiles.

 

La santé en jeu

 

Là où le bât blesse, c'est d'abord sur la charge de travail, jugée « excessive » par un répondant sur deux. Près de six sur dix n'ont pas assez de temps pour bien faire. Sans oublier le problème de la déconnexion entre vie privée et vie professionnelle. Conséquence, pour un tiers des répondants, c'est la santé qui trinque. Douleurs, troubles du sommeil, noeud au ventre, voire burn-out ou blessures : les symptômes sont nombreux.

Autre résultat « sans appel », selon la CFDT, le manque d'autonomie constitue la seconde source de mal-être au travail. Un tiers des répondants ont l'impression de n'être qu'une « machine », un sur quatre de « passer plus de temps à rendre compte des comptes qu'à travailler ». A qui la faute ? Aux dirigeants, qui demeurent « jaloux » de leurs prérogatives en matière d'organisation du travail, selon Laurent Berger.

L'enquête fait ressortir une très forte volonté des employés (73 %) d'avoir davantage leur mot à dire dans les décisions importantes de leur employeur. « Le travail se transforme profondément sous l'effet du numérique, de la mobilité ou du management. Les aspirations des travailleurs aussi », a résumé le secrétaire général de la CFDT pour qui, in fine, l'enquête démontre que le « modèle vertical de l'entreprise est dépassé ».