Taux d'intérêt toujours très bas, marchés actions chahutés... les assureurs européens ont dû naviguer dans un environnement très compliqué en 2016. Au vu des résultats annuels présentés ces dernières semaines, les leaders du secteur dans l'ensemble s'en sortent bien.

Des performances opérationnelles solides, malgré un manque de croissance

Résultat net au zénith pour Allianz et AXA (6,9 milliards d'euros pour le géant allemand, 5,83 milliards d'euros pour son rival français), résultat opérationnel record pour l'italien Generaliet le britannique Prudential, net rétablissement chez le suisse Zurich Insurance Group après une année noire en 2015... les performances des assureurs européens alignées ont été de (très) bonne facture. « Les fondamentaux sont restés très solides en 2016 », commente Benoît Valleaux, analyste chez Natixis.

«En assurance de personnes Il y a eu une poursuite de l'amélioration de la rentabilité des affaires nouvelles, avec une production davantage tournée vers des activités offrant de bonnes marges comme la santé-prévoyance, l'épargne unités de compte, ou sinon vers des produits d'assurance-vie offrant des garanties plus basses », détaille-t-il. Généralisé dans l'industrie de l'assurance, ce mouvement répond à la nécessité de lutter contre l'impact des taux bassur la rentabilité de l'assurance-vie traditionnelle en euros. En assurance-dommages, les ratios combinés (l'indicateur de rentabilité de cette activité) « restent à des bons niveaux », ajoutent Benoît Valleaux.

Seul écueil pour les assureurs, « la croissance est toujours compliquée à chercher », note un autre analyste. De fait, les chiffres d'affaires ont faiblement progressé ou reculé en 2016. « Mais en assurance-vie, les groupes ne sont plus dans la course aux volumes, mais dans la recherche de qualité », relativise Benoît Valleaux. Dans ce contexte, l'Asie reste un moteur de croissanceappréciable pour les groupes qui y sont présents.

Des niveaux de solvabilité confortables

Malgré les taux bas, les assureurs ont réussi à maintenir leurs marges de solvabilité à des niveaux élevés (197 % pour AXA, 177 % chez CNP Assurances). Celles-ci ressortent même en hausse chez Allianz (218 %) ou Aviva (189 %). « La tendance est bonne, puisque les marges de solvabilité se sont améliorées au quatrième trimestre, du fait de la remontée des taux », souligne Benoît Valleaux. « Hors phénomène de marché, les assureurs ont réussi à générer du capital sur leurs activités opérationnelles », relève-t-il.

Du capital rendu aux actionnaires

Cette solidité financière a permis à deux grands assureurs d'annoncer qu'ils allaient retourner du capital à leurs actionnaires. Allianz a lancé le premier programme de rachats d'actionsde son histoire d'un montant pouvant atteindre jusqu'à 3 milliards d'euros et correspondant au budget non utilisé pour des acquisitions. Le britannique Aviva, qui dit avoir « trop de capital », va lui aussi rendre de l'argent à ses actionnaires. Reste à savoir sous quelle forme (rachat d'actions, dividende exceptionnel). Les deux grands réassureurs mondiaux, l'allemand Munich Ré et le suisse Swiss Re, ont annoncé de nouveaux programmes de rachat d'actions, tandis que le français SCOR envisage d'en faire.

Outre les ratios de solvabilité élevés, « cela la reflète le manque de croissance organique, et donc le faible besoin de mobiliser du capital pour le développement », explique un analyste. Autre intérêt, les programmes de rachat d'action « sont un moyen d'augmenter le résultat par action, alors qu'il y a peu d'opportunités de croissance externe », précise Benoît Valleaux. La tendance semble de toutes façons plutôt aux acquisitions « de complément » qu'aux opérations transformantes.