Ce jeudi, la CGT appelle pour la quatrième fois à manifester contre les ordonnances réformant le Code du travail en passe d'être ratifiées par le Parlement. Il y a peu de chances que l'affluence explose à cette occasion, même si les rangs devraient être plus fournis que le 19 octobre, quand la centrale de Philippe Martinez n'avait réussi à convaincre que Solidaires de l'accompagner.

Force ouvrière sera en effet officiellement de la partie. Le niveau de la participation à la mobilisation du 16 novembre dira l'ampleur de l'exaspération des militants de l'organisation de Jean-Claude Mailly, dont une partie a déjà défilé bien que le leader de FO ait freiné des quatre fers.

Rapport de force

Mais en tout état de cause, pas plus le millésime 2017 que le millésime 2016 ne devraient égaler le record de conflictualité constaté en 2010 contre la réforme des retraites de Nicolas Sarkozy. Ce record avait été suivi dans la foulée d'une chute historique. Le ministère du Travail a comptabilisé il y a sept ans 3,3 % des entreprises ayant déclaré un jour de grève et 318 jours de grève pour 1.000 salariés. L'année d'après, le taux était divisé par près de deux et le nombre de jours avait chuté de 80 %. En 2015, dernière année connue, la conflictualité a encore baissé à 1,3 % et 69 jours.

Malgré ce contexte, l'exécutif n'a pas intérêt à crier victoire trop vite, car la suite n'est pas écrite. La réforme devrait provoquer une vague de négociations, et négociation rime avec conflit. C'est ce que montre une étude publiée début 2017 par le ministère du Travail, qui constate que, en 2014, « 75 % des entreprises déclarant une grève ont engagé des négociations, contre 13 % de celles qui n'en ont mentionné aucune ». « Parmi les entreprises ayant négocié en 2014 sur un thème au moins, 87 % de celles qui déclarent une grève au moins ont conclu un accord », est-il aussi précisé.

La négociation est toujours un rapport de force. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si, au tournant des années 2000, les 35 heures ont donné lieu tout à la fois à un record d'accords, installant durablement la négociation dans le paysage, et une forte poussée de conflictualité.