Corollaire de la crise économique, le fait-maison connaît depuis plusieurs années une expansion considérable au sein des foyers français. Plus qu'une simple tendance éphémère, cette mode semble s'ériger en véritable style de vie.

« Ça vous plaît ? C'est moi qui l'ai fait ! »

Relayée dans les médias, qui développent depuis quelques années de nombreuses émissions télévisuelles mettant en lumière un savoir-faire particulier (jardinage, bricolage, art déco, concours culinaires...), la tendance du fait-maison semble en plein boom. Internet regorge aujourd'hui de blogs ou autres tutoriels pour confectionner soi-même bijoux, vêtements, objets de décoration, ou même des produits de beauté, et bien sûr, en tête de liste, de bons petits plats en cuisine !

Qu'ils soient motivés par une préoccupation écologique, sanitaire, ou simplement par le plaisir et la fierté de réaliser les choses eux-mêmes selon leur personnalité et suivant leurs envies, les adeptes du fait maison promettent à cette tendance un avenir florissant. Mais cette mode est-elle devenue si influente qu'elle concurrence les professionnels qui se voient dépossédés de leurs secrets de fabrication ?

Une perte pour tous les professionnels ? Pas sûr...

Si l'artisan pâtissier, et de manière plus générale les restaurateurs, peuvent quelque peu pâtir de l'engouement des Français pour la cuisine fait maison, cela ne semble pas être le cas d'autres professionnels, notamment des fabricants de petit électroménager qui ont vu leur production s'accroître avec cette nouvelle pratique ! Après la machine à coudre, la machine à pain, la machine à sodas, la sorbetière, le cuit-vapeur, on convoite désormais le robot multifonctions ultra perfectionné qui facilitera la création et l'on achète au passage des matières premières aux différents producteurs. On peut dire que le "Do It Yourself" (ndlr : « faites-le vous-même ») a un coût !

De même, le fait maison enrichit les professionnels de certains secteurs qui ont su profiter de la conjoncture : les boutiques d'ustensiles, de produits du monde, les fabricants de kits de confection (sushis, crèmes brulées, cupcakes...), les éditeurs de magazines et d'ouvrages techniques... Et l'on assiste également à la renaissance de commerces comme la mercerie qu'on croyait enterrés par la confection industrielle...

De l'effet de mode à la législation : quand le « fait-maison » devient une appellation contrôlée

Depuis juillet 2014, à la suite de la loi Hamon sur la consommation, les entreprises et professionnels de la restauration (traiteurs, artisans...) sont tenus de mentionner leurs produits « faits maison » de manière aisément repérable par le consommateur. Le produit labélisé « fait maison » est un produit qui répond à la double exigence d'être élaboré sur place, à partir de matières brutes non préalablement traitées de manière industrielle.

Cette démarche a pour objectif d'informer le consommateur qui peut désormais faire la différence entre plats industriels et savoir-faire traditionnel avant de passer commande, et peut-être mieux évaluer le rapport qualité-prix de ce qu'il achète. Elle ne semble pas entraver la diversité des modes de préparation (dans la mesure où le professionnel conserve la liberté de poursuivre sa fabrication habituelle) et présente toutefois un avantage valorisant pour ceux qui travaillaient déjà avec le fait-maison et la sélection soignée de produits bruts, dans le sens de la maîtrise et de l'amour du métier.