Démarré le 24 décembre dernier, le mouvement de grève des médecins, rejoint également par les urgentistes de SOS médecins, se poursuit et se durcit en ce début d'année. Autant donc éviter d'attraper la grippe ou la gastro-entérite qui ont atteint les seuils d'épidémie dans certaines régions... Décryptage du « ras-le-bol » de toute une profession.

Le projet de Loi Santé qui fait grogner les médecins

Alors que les médecins des urgences hospitalières ont rapidement mis fin à leur mouvement de grève après avoir obtenu des réponses à leurs revendications, les généralistes ont quant à eux reconduit leurs actions démarrées le jour de Noël, pour obtenir purement et simplement le retrait du projet de Loi Santé de la ministre Marisol Touraine.

Largement relayée par les médias ces derniers jours, la généralisation du tiers payant à partir de 2017 concentre en majorité la grogne des médecins, 95% d'entre eux étant défavorables à sa mise en oeuvre. Cette banalisation de la dispense d'avances de frais par les patients vient en effet accroître un peu plus les charges administratives incombant aux généralistes. De plus, ceux-ci craignent, à raison, de rencontrer des difficultés à se faire payer par les caisses d'assurance maladie. Si ces délais peuvent être considérés comme exceptionnels, les retards concernent pourtant à ce jour environ 20% des actes médicaux.

Hormis cette mesure, la colère des médecins vise également d'autres articles du projet de Loi, comme la délégation de l'acte de vaccination aux pharmaciens, l'évolution des fonctions des caisses régionales de santé qui entraînerait des disparités géographiques pour les patients, ou encore la pénurie de médecins dans certaines régions.

Enfin, les généralistes dénoncent le gel de leurs tarifs depuis plusieurs années -comme celui de la visite à domicile, fixé à 33 euros et n'ayant pas évolué depuis 2002- et réclament l'augmentation du prix de la consultation à 25 euros, contre 23 euros à l'heure actuelle.

Si le retrait complet du texte semble très compromis au regard de la volonté du Gouvernement de réformer, les médecins n'entendent pas fléchir et entrent dans leur troisième semaine de grève. Certaines organisations représentatives ont par ailleurs averti du durcissement de leur mouvement pour la suite.

La colère des médecins vue par les patients

Particulièrement contraignante en cette période hivernale, propice aux épidémies de grippes et de gastro-entérites, la grève des médecins s'est traduite ce mardi 6 janvier par la fermeture de plus de 50% des cabinets un peu partout en France, atteignant même jusqu'à 80% dans certaines régions. Pour les praticiens restés disponibles, une grande majorité a toutefois décidé de « boycotter » la carte vitale et de redonner vie à la feuille de soins, dans le cas des patients étant en mesure d'attendre un certain temps pour obtenir le remboursement de leur caisse afin de ne pas pénaliser les plus démunis.

Si ce mouvement de grève aurait pu mécontenter les malades, ils sont pourtant 58% à soutenir leurs médecins dans leurs revendications, notamment sur la question de la désertification des généralistes dans certaines régions qui les touchent plus particulièrement.

Aussi, il semblerait toutefois que peu d'entre eux aient véritablement ressenti les effets de cette gronde, car dans la réalité, des médecins ont été réquisitionnés, tandis que d'autres ont préféré rester ouverts pour ne pas nuire aux patients, notamment dans les régions souffrant d'une pénurie de généralistes. Quant aux autres malades, ils ont toujours pu se tourner vers les urgences hospitalières. Sur ce sujet, alors que certains services ont déclaré être saturés, d'autres ont indiqué n'avoir pas subi plus d'engorgement qu'habituellement.

Reste à suivre l'issue de la rencontre qui aura lieu le 12 janvier prochain, entre la ministre de la Santé Marisol Touraine et les organisations représentatives des médecins libéraux, pour savoir quelles réponses seront apportées à leurs revendications et quel tournant prendra le mouvement.