A ce rythme, la France ne risque pas d'atteindre en 2050 la neutralité carbone, un des objectifs du plan Climat, présenté par Nicolas Hulot, le ministre de la Transition écologique. Avec près de 32 milliards d'euros consacrés aux investissements verts l'an dernier, elle ne fait pas mieux qu'en 2015, analysent mercredi les experts de I4CE, un groupe de réflexion affilié à la Caisse des Dépôts. Et l'année 2017, selon eux, ne s'annonce pas meilleure.

L'écart est toujours de « 20 à 40 milliards d'euros » par rapport à ce qu'il faudrait dépenser en plus pour être en ligne avec la Stratégie nationale bas-carbone de la France et la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE). Sur la base de ces deux documents, les experts de ce think tank chiffrent les besoins entre 45 et 60 milliards d'euros par an jusqu'en 2020, puis entre 50 et 70 milliards entre 2021 et 2030.

Cette fourchette particulièrement large tient aux incertitudes qui pèsent sur l'évolution du prix de certains équipements, comme par exemple dans le photovoltaïque. Au total, « c'est de l'ordre de 3 % du PIB qu'il faudrait investir en faveur du climat », estime Hadrien Hainaut, chef de projet chez I4CE.

Comment se comportent les autres pays européens ? Impossible à dire car l'exercice comptable n'est pas mené par nos voisins. En Allemagne, les derniers chiffres remontent à 2010. Des quatre secteurs analysés, c'est celui de l'efficacité énergétique où les investissements ont le plus augmenté, passant de 11,6 à 14,6 milliards d'euros par an. En revanche, les montants injectés dans les infrastructures durables ont beaucoup fluctué. Quant aux énergies renouvelables, leur part dans le total des investissements verts a plutôt décru, avant de se stabiliser à 5,3 milliards d'euros l'an dernier.

Les montants annoncés par I4CE prennent en compte les investissements dans le nucléaire, estimés à 2 milliards, et ceux réalisés dans les activités réductrices de CO2, dans la filière bois notamment. En revanche, l'étude n'intègre pas certains secteurs qui, comme l'agriculture, ne sont pas assez documentés pour satisfaire à cet exercice comptable.

20 milliards pour la rénovation thermique

Les besoins d'investissements pour le climat sont à rapporter aux investissements totaux dans les secteurs concernés. Les plus lourds sont les 20 milliards d'euros qu'il faudrait mobiliser chaque année dans la rénovation thermique des logements. « Ce n'est pas si énorme au vu de l'effort actuel pour l'entretien et la rénovation du parc privé qui est de 50 milliards d'euros », juge Benoît Leguet, directeur d'I4CE.

Certaines mesures ont été prises visant à réorienter les flux d'investissements en faveur du climat. C'est la réforme du Cite (crédit d'impôt pour la transition énergétique) qui sera transformé en prime en 2019 et dont les 3,7 milliards doivent permettre de financer la rénovation de 75.000 logements par an. Ce sont aussi les 4,8 milliards d'euros prévus pour la rénovation énergétique des bâtiments publics. Reste à savoir si ces dispositions suffiront pour redresser la barre.