Alors que débute ce lundi la semaine de l'Industrie, les professionnels ont des raisons de se réjouir. Après un début de quinquennat marqué par une avalanche de plans sociaux, le solde des annonces d'ouverture et de fermeture d'usines a été nul l'an dernier en France. Et ce pour la première fois depuis 2009, selon l'observatoire de l'investissement Trendeo. « Cette évolution est en grande partie liée au rebond de l'automobile et de la pharmacie », explique David Cousquer, fondateur du cabinet Trendeo.

Fait notable, les usines créées dans l'Hexagone sont désormais plus petites. On est passé à un nombre médian d'emplois par site de 20 en 2016 contre 30 en 2009. Le tout pour un montant d'investissement similaire (9 millions d'euros en 2016 contre 10 en 2009).

D'autres indicateurs sont également au vert. Dopé par le pacte de responsabilité, le CICE et des prix de l'énergie abordables, le secteur manufacturier a reconstitué ses marges, et le coût du travail horaire en France est désormais inférieur à celui de l'Allemagne. La faiblesse des taux d'intérêt et le dispositif de suramortissement ont aussi eu un impact bénéfique sur l'investissement industriel (+5 % en 2016), même si le dispositif est destiné à prendre fin en avril. « L'activité est en phase de redémarrage, confirme Hubert Mongon, le délégué général de l'UIMM. On sent les effets du pacte de responsabilité, du CICE et du suramortissement, même si nous sommes encore loin des conditions de la reconquête industrielle. »

 

Montée en gamme

 

De fait, le climat des affaires s'est beaucoup amélioré. Mais si l'hémorragie est stoppée, le malade reste faible. Depuis 2009, le pays a perdu quelque 600 usines (en solde des annonces de fermeture et d'ouverture), calcule Trendeo. L'industrie manufacturière a vu disparaître 820.000 emplois entre 2000 et 2015, selon l'UIMM, soit près d'un quart de ses effectifs, et la production industrielle reste sensiblement inférieure à son niveau de 2007. Dans l'automobile, PSA, Renault, Toyota et Smart ont assemblé 2 millions de véhicules en 2016 contre 3 millions en 2007.

S'il a cessé de perdre des parts de marché, le pays affiche un déficit commercial de plus de 35 milliards d'euros dans la production de biens manufacturés contre 20 milliards en 2012. « La France a un grave problème industriel. Il ne faut pas l'oublier », soulignait Patrick Artus, le directeur de la recherche de Natixis, dans une note la semaine dernière. Le coût salarial unitaire de la France est nettement supérieur à celui de l'Espagne alors que leurs gammes de produits sont similaires. Selon Patrick Artus, « il faudrait baisser de 20 % le coût de production de l'industrie française pour la rendre compétitive ».

Faire disparaître cet écart via une baisse des salaires ou des cotisations sociales est totalement improbable politiquement. Ce qui ne laisse que la possibilité de la montée en gamme. Une stratégie de longue haleine, pas forcément évidente. En 2007, le stock de robots de la France dans le secteur manufacturier était supérieur à celui de l'Espagne. En 2016, le ratio pour 100 emplois était passé à 1,54 en Espagne contre seulement 1,22 dans l'Hexagone.

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La France a un grave problème industriel

 

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