Quels sont les effets de l'usage croissant d'internet sur notre fonctionnement mental, voire sur la structure même de notre matière grise ? Cette richesse technologique va-t-elle nous rendre plus efficaces dans notre travail ou, au contraire, nous transformer en coquilles vides totalement dépendantes des machines ?

L'homme de l'ère technologique

C'est une certitude, les heures passées devant les écrans ont déjà commencé à modifier notre cerveau et les réseaux neuronaux qui le structurent. Des études ont démontré que l'activité du cortex préfrontal est bien supérieure chez les accros de la toile. On sait aussi que certaines populations asiatiques très connectées depuis l'enfance ont vu augmenter leur taux de myopie et que la lueur bleutée des écrans, en favorisant la sécrétion d'hormones de l'éveil, est un facteur d'insomnie. L'homme s'adapte en permanence à son environnement et quand celui-ci devient numérique, c'est tout aussi valable. Pour le meilleur ou pour le pire ? Comment adapter notre façon de travailler à l'ère numérique tout en restant nous-mêmes ?

Internet : notre disque dur externe...

Il est loin, le temps de la transmission orale des légendes et chants traditionnels ! Nous vivons la civilisation de l'instantané... et de l'oubli. Des expériences menées, l'une sur des étudiants aux Etats-Unis en 2011, l'autre sur des enfants français de CM2 en 2003, montrent que la mémoire est directement affectée par l'usage d'internet : nous ne stockons pas les informations que nous savons facilement accessibles sur le net et en se laissant happer par la quantité d'informations disponibles, on oublie très vite le but de la recherche initiale. On touche là tout le problème d'internet : surabondance de données, éparpillement de l'attention, perte de concentration due à des sollicitations permanentes (mails, notifications Facebook, pages surchargées d'informations multiples,...).

Notre mémoire retient davantage aujourd'hui l'emplacement d'une donnée, le nom du dossier où elle est stockée, le code d'accès à un site internet, que la connaissance en elle-même. Est-ce grave, docteur ? Dans le cadre de l'entreprise, il est important de se fixer des objectifs et de s'y tenir. Dans cette optique, l'autodiscipline demeure essentielle. On peut décider de consulter ses mails à heures fixes, une fois le matin, et une fois dans l'après-midi, sans oublier de supprimer l'avertissement sonore. Il peut être utile également, lors d'une recherche, de prendre des notes écrites, synthétisant en quelques mots les informations clés, ce qui favorise leur mémorisation.

Un cerveau disponible pour d'autres tâches

A force de scruter nos écrans et de fouiller dans les cases multicolores qui composent une page web, nous avons développé des talents insoupçonnés de repérage et d'orientation dans l'espace ! Des études l'ont prouvé, notre cerveau utilise les mêmes chemins pour dénicher un renseignement sur internet que pour trouver notre nouveau dentiste dans un dédale urbain. A défaut de retenir les données, nous avons gagné en capacité d'analyse et de hiérarchisation de l'information. Notre productivité s'est trouvée accrue par l'accès instantané à toutes les connaissances dont nous avons besoin.

Mais attention : nous avons tout intérêt à limiter le nombre d'onglets ouverts et éviter la tentation de traiter plusieurs sujets en même temps. Les scientifiques affirment que notre cerveau de peut pas traiter plus de deux tâches simultanées avec rigueur et efficacité. Au-delà, gare à l'erreur fatale et au temps perdu. Les réseaux sociaux et le courrier électronique ont multiplié les liens entre les personnes et le partage des expériences. C'est incroyable ce que l'on peut accomplir en restant assis à son bureau ! La distance n'existe plus et le temps s'accélère. Toutes les entreprises, du secteur primaire au tertiaire, bénéficient aujourd'hui de cette immense bibliothèque virtuelle et de la communication instantanée. Comment en garder le meilleur et éviter le pire ?

Apprendre à gérer internet

Apprivoiser le web et en faire bon usage doit faire l'objet d'une éducation inculquée dès le plus jeune âge. Cet outil extraordinaire doit être... un outil, justement, et non un mode de vie, sous peine de voir son identité, sa mémoire et sa vie sociale se diluer dans la masse numérique. Il faut protéger les enfants au moment où leur cerveau se construit, leur donner des jouets et les faire jouer dehors plutôt que les brancher sur des jeux vidéo...

Et nous, adultes ? Pour éviter le « toujours plus » et le burn-out au travail, il est essentiel de garder à l'esprit que le cerveau change, mais pas tant que ça. Nous ne sommes pas des ordinateurs capables de mille calculs simultanés. Pour garder son équilibre et sa productivité au sein de l'entreprise, il y a des règles à respecter. Veiller à une activité physique suffisante. Lire, pour le plaisir, pour réfléchir et enrichir nos discussions. Apprendre autrement. Ne pas oublier de passer boire un café avec un collègue plutôt que de discuter sur les diverses messageries instantanées, prévoir de vraies réunions plutôt que des visioconférences, se rappeler qu'il est parfois plus rapide de chercher un mot dans le dictionnaire que de fouiller parmi des millions de définitions sur le net... Redécouvrir son rythme naturel et le plaisir de la lenteur avec, une fois de temps en temps... une journée sans internet !