A son arrivée au tribunal administratif de Paris, Marcel Campion a droit à un comité d'accueil: plusieurs dizaines de responsables forains et commerçants du marché de Noël, qui louent chaque année ses chalets, sont venus le soutenir. "On est avec toi Marcel!", encourage une femme.

La salle prévue pour l'audience est trop petite pour abriter tout le monde: il faut déménager dans la plus grande, certains écoutant les débats depuis le haut des escaliers, faute de places assises.

La semaine passée, plusieurs d'entre eux participaient à des opérations escargot aux abords de la capitale, perturbant fortement le trafic sur plusieurs axes autoroutiers et périphériques. La tension, plus feutrée dans cette enceinte judiciaire aux dimensions écrasantes, reste néanmoins palpable.

Dans ce dossier, la Ville de Paris brandit pour sa défense un vote de ses élus, à l'unanimité le 3 juillet, actant la suppression du marché de Noël dès la saison 2017-2018. 

Dans une lettre signée par la maire Anne Hidalgo le jour-même, la municipalité explique vouloir "varier les modalités d'animations de l'espace public et intégrer (...) les contraintes de sécurité qui s'imposent".

Pour justifier du non-renouvellement de la convention qui lie M. Campion et la ville de Paris, il fallait trouver "un motif d'intérêt général suffisant", comme l'impose un arrêt du Conseil d'État de janvier. Signée en octobre 2015, cette convention autorise M. Campion à installer ses chalets sur les Champs-Élysées pour une durée de deux ans, renouvelable deux fois.

- "Double discours" -

Il s'agit d'optimiser "un site exceptionnel", a fait valoir mardi Régis Froger, avocat de la Ville de Paris, pour qui "l'intérêt général n'est pas difficile à concevoir".

La mairie souhaite "une plus-value", "restituer l'espace aux piétons" et "retrouver l'esthétique linéaire (de l'avenue) imaginé par André Le Nôtre", a-t-il énuméré. 

Plus récemment, la municipalité avait mis en avant "la qualité médiocre des animations et des produits vendus" pour justifier sa décision.

Dénonçant "le double discours" de la mairie, les avocats de M. Campion se sont étonnés à l'audience "des félicitations" de la Ville de Paris reçues par leur client après la dernière édition du marché.  

Par la suite, la mairie a sollicité les forains pour recueillir leurs "observations et commentaires" puis transmis les dossiers de candidatures pour louer les chalets.

Tous les signaux semblaient donc au vert pour la tenue de l'édition 2017-2018 du marché, qui génère 2.000 emplois et mobilise 240 commerçants, selon les organisateurs.

"Pourquoi M. Campion est-il passé du statut de chouchou à celui de paria?", s'interroge l'un de ses avocats, Jérémie Assous.

Suppression de la Foire de la Bastille et des Jours de Fêtes au Grand Palais, réduction de moitié de la Foire du Trône: cette "mise à mort du monde forain" obéit à une stratégie de "diversion", selon l'avocat.

"La ville a voulu se désolidariser totalement de M. Campion en espérant se mettre à l'abri d'une mise en examen", a soutenu Jérémie Assous, en référence à l'enquête en cours sur la convention octroyée en 2015 à M. Campion pour installer sa Grande Roue sur la place de la Concorde.

Dans ce dossier, la mairie de Paris a été mise en examen vendredi pour favoritisme, à l'instar de M. Campion depuis fin mai.

"Confiant" dans l'issue de la procédure, le leader des forains, qui revendique 15 millions de visiteurs sur son marché, a dit espérer "se réinstaller comme d'habitude".

La décision du tribunal a été mise en délibérée, à une date non précisée.