Considérés comme la technologie la plus disruptive des cinq prochaines années par les entreprises, “l’internet des objets” et ses objets connectés n’ont pas échappé au milieu des assurances. Les produits mesurant en temps réel des données sur le comportement des consommateurs permettent notamment aux professionnels d’adapter leur offre de façon optimale. Les détails.

La révolution des objets connectés pour le secteur des services

Les résultats de l’étude 2017 Global Digital IQ Survey se révèlent sans appel : l’internet des objets, IoT en anglais, constituerait, pour les entreprises interrogées, la technologie la plus disruptive des cinq prochaines années. 73% de ces firmes affirment investir dans ce domaine. Et pour cause, les objets connectés présentent de multiples opportunités. Capables de transmettre des données précises en temps réel, ces dispositifs s’installent chez les consommateurs ou directement sur eux. Du réveil matin au bracelet, en passant par le boîtier dédié aux automobiles, ces accessoires stockent et envoient des informations qui pourraient s’avérer utiles pour de nombreux secteurs d’activité et notamment celui des assurances. En analysant le comportement de leurs clients, elles auraient la possibilité d’adapter leur offre, comme le confirme Dimitri Carbonnelle, expert en objets connectés auprès de Bpifrance : « Ils sont une formidable opportunité pour les assureurs car cela leur permet de vendre de nouveaux services. »

Prévenir plutôt que guérir : des dispositifs ancrés dans la logique des assureurs

La connaissance en temps réel du mode de consommation des clients présente un avantage non-négligeable pour les professionnels des assurances : ils permettent de prévoir les conséquences de certains comportements. La Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés (CNIL), indiquait dans une étude publiée en 2014 qu’une « véritable “protection sociale co-active” pourrait émerger qui reposerait sur une logique préventive plutôt que curative. » Le métier d’assureur consiste, par définition, à s’assurer de la bonne marche des choses. Disposer de données sur le mode de vie de leurs clients leur permet, par exemple, de prévoir telle ou telle dépense qui pourrait s’avérer nécessaire. De nouvelles offres sur-mesure, mieux adaptées aux besoins des assurés, pourraient ainsi voir le jour et profiter aux deux parties.

Un premier essai concluant dans le domaine de l’assurance santé

Certains assureurs n’ont pas attendu avant de tester ce concept. A titre d’exemple, le groupe américain John Hancock constituait, en 2015, le premier assureur de son pays à modifier le prix des primes de ses clients selon leur activité et leur mode de vie grâce à un bracelet connecté. Placé au poignet de volontaires, dans le cadre du programme “Vitality”, ces dispositifs connectés Fitbit transmettent à la société des informations relatives à la pratique sportive des assurés, à leur alimentation ou encore la fréquence de leurs visites chez le médecin. A la suite de l’analyse de ces données, les professionnels proposaient divers moyens de rétribution à leurs clients, comme des nuits dans des hôtels Hyatt ou des réductions sur leurs primes de risques pouvant aller jusqu’à 15%, par exemple. Le PDG de John Hancock, Michael Doughty, assurait auprès du New York Times que “Cette nouvelle façon de faire de l'assurance pourrait dynamiter un marché en stagnation depuis plusieurs années." En 2016, cette société réalisait un chiffre d’affaires total de 10,9 millions d’euros.

Plusieurs initiatives chez les assureurs français

Certaines firmes de l’Hexagone s’inscrivent également dans cette mouvance. Les assurances Axa proposent notamment leur offre intitulée e-Modulango depuis 2014. Celle-ci se présente de façon similaire : les assurés se voient attribuer un bracelet nommé Pulse, développé en partenariat avec la start-up tricolore Withings, qui récolte des données sur leur mode de vie. Au bout d’un certain nombre de pas mensuels, les personnes se voient récompensées par des chèques-cadeaux, permettant de bénéficier de médecines douces telles que l’ostéopathie ou l’acupuncture. Une démarche qui inquiète certains sceptiques, qui se sentent espionnés. A cette accusation, David Dorn, Directeur du marché santé, prévoyance et dépendance individuelles d'Axa France auprès de l'Argus de l'assurance, répond : « Notre objectif est de récompenser les comportements vertueux, l'usage ou non de Pulse n'a aucune incidence sur le contrat d'assurance. »
Les assureurs automobiles constituent aussi de grands adeptes de cette technique. Direct Assurance a notamment lancé son programme YouDrive, sur le principe du “Pay as You Drive”, qui veut que les conducteurs paient à hauteur de la qualité de leur conduite. Rendu possible grâce à un boîtier connecté implanté dans les véhicules, ce dispositif stocke, étudie puis transmet des données de conduite, comme la négociation, l’accélération et l’anticipation des virages ou  le niveau de freinage. La firme promet même jusqu’à 50% de réduction sur son site.

La mutualisation remise en question par l’IoT

Ces offres personnalisables pourraient tout de même faire de l’ombre à l’une des caractéristiques majeures du métier d’assureur : la mutualisation des risques. Avec un système hyper-personnalisé, les assurés qui adopteraient un bon comportement n’auraient plus à verser que des sommes dérisoires tandis que les personnes identifiées se révélant avoir une mauvaise conduite payeraient des sommes exorbitantes. Une hypothèse qui n’effraie pas Jean-Baptiste Mounier, porte-parole d’Axa. Celui-ci déclare que “Les big data produites par les objets connectés vont permettre d’individualiser l’offre mais ça ne remet pas en cause la mutualisation. Si on prend le cas de l’assurance conducteur Pay how you drive, même s’il se comporte bien sur la route, il reste confronté à des risques extérieurs, dus aux autres conducteurs ou à la météo.”

Vers une nouvelle forme du métier d’assureur ?

L’emploi généralisé d’objets connectés par les compagnies d’assurances pourrait bien modifier jusqu’à la nature de leur activité. Sans craindre forcément que les fabricants de ces dispositifs ne retiennent ces informations et en prennent le contrôle, les assureurs pourraient se trouver dans l’obligation de se doter de services spéciaux réservés à l’analyse de données. Le véritable défi, cependant, consistera, pour les assureurs, à garantir la protection des données car les piratages d’objets connectés n’ont cessé de faire la une des journaux et surtout suscitent une inquiétude croissante. 

Retrouvez notre sélection d'objets connectés pour les pros.