"Je pense que mon fils est coupable, mais c'est aussi la proie d'un prédateur, la victime d'un terroriste. Bien sûr qu'il a commis des actes répréhensibles, mais c'est pas un gosse pourri", a déclaré Chantal Bailly, silhouette fluette cramponnée à la barre.

Son fils unique, 29 ans, est le personnage central du groupe de vingt hommes jugés depuis jeudi devant la cour d'assises spéciale de Paris pour un attentat à la grenade contre une épicerie casher à Sarcelles (Val-d'Oise) le 19 septembre 2012, des projets d'attaques contre des militaires et des départs en Syrie.

Les accusés sont amis d'enfance ou ont fréquenté les mêmes mosquées, fédérés autour de Jérémie Louis-Sidney, délinquant radicalisé abattu lors de son interpellation.

Jérémy Bailly, considéré comme le lieutenant de Jérémie Louis-Sidney, a reconnu durant l'enquête qu'il envisageait de "fabriquer une bombe" pour "la poser chez des militaires ou des sionistes". Mais il a nié avoir participé à l'attentat de Sarcelles.

La conversion de son fils à l'islam en 2009 avait été un premier choc pour Chantal Bailly: "J'ai eu peur. On en a parlé, il m'a dit qu'il y avait de jolies valeurs dans l'islam. Je l'ai trouvé serein, ça lui allait bien." Ni elle ni le père de "Jamie", venu témoigner avant elle, n'ont vu venir sa radicalisation. Ils sont désemparés, ont pourtant "transmis de bonnes valeurs". Ils décrivent un gamin "sensible, naïf, fragile émotionnellement", qui a sans doute souffert de leur séparation.

À la barre, Jérémy Bailly ne s'est pas étendu sur sa conversion, qu'il avait expliquée par un "choc spirituel" face à la nature: il aurait eu "mal au cœur en tuant un poisson".

Un élan positif qui le structurait, a-t-il dit, après un passé de petit délinquant "fumeur de shit", puis un passage chez les Témoins de Jéhovah.

Le procès doit se poursuivre jusqu'au 21 juin.