Comme il l'avait fait pour la refonte du Code du travail, Emmanuel Macron, a lancé le second train de réformes sociales, sur l'assurance-chômage, la formation et l'apprentissage, en recevant un à un les leaders syndicaux et patronaux. C'est Force ouvrière qui a ouvert le bal ce jeudi et la CFDT, reçue la première le 23 mai, qui le fermera vendredi matin.Ces entretiens en tête-à-tête ont confirmé que le premier sujet sur lequel l'exécutif a prévu de plancher - l'apprentissage - est le moins polémique. « Il n'y a pas de contentieux politique, ce qui devrait permettre de travailler à partir des problèmes posés sur le terrain », a résumé François Hommeril, le président de la CGC, qui, comme son homologue de la CGT, Philippe Martinez, a par ailleurs dit au chef de l'Etat tout le mal qu'il pensait de la réforme du Code du travail.

Sur l'apprentissage, même le leader de la CGT a trouvé au moins un point d'accord avec le chef de l'Etat (sur l'intérêt de développer « des écoles de formation des apprentis par filière »). La journée a, par ailleurs, montré le très fort intérêt du patronat pour le sujet. « Ce qu'il faut sur l'apprentissage, ce n'est pas une réforme, mais une refondation », a affirmé Alain Griset, le président de l'U2P (artisans et professions libérales), réclamant une aide à l'embauche en CDI des apprentis. Pierre Gattaz, le président du Medef, a, lui, été jusqu'à réclamer que « le financement ne passe plus par les régions ».

Sur ce sujet comme sur les autres, l'entourage du chef de l'Etat a expliqué que la méthode serait la même que pour le Code du travail : du sommet - l'Elysée - à la « base » - le cabinet de la ministre du Travail : des concertations bilatérales avec chacun, pas de négociations.

Ce n'est pas ce qu'ont compris les partenaires sociaux sur la formation. « Il y aura une négociation » entre patronat et syndicats, a affirmé Jean-Claude Mailly, le secrétaire général de FO. Reste à en préciser l'ampleur. Ce sera l'enjeu du document d'orientation gouvernemental qui cadrera ces discussions.

Vives inquiétudes

Même si aucun n'a voulu déterrer la hache de guerre dès maintenant, les déclarations de presque tous les leaders patronaux et syndicaux ont montré que la réforme de l'assurance-chômage et son financement suscitaient de vives inquiétudes. Pierre Gattaz, le plus enthousiaste à la sortie de son entretien, a expliqué que l'ouverture de l'assurance-chômage aux indépendants (et aux démissionnaires) poserait « un petit problème économique ». Alain Griset tout comme son homologue de la CPME, François Asselin, tout en reconnaissant qu'un tel « filet de sécurité » séduisait certains de leurs mandants, ont pointé avec insistance le risque de dérapage financier. « Bien sûr qu'on craint une cotisation, il ne faut pas croire au père Noël, il faudra bien faire tourner les calculettes », a déclaré François Asselin.

Tous les leaders syndicaux ont, eux, averti qu'il n'était pas question de réduire les droits actuels des salariés. A ces questions sensibles s'ajoute celle de la gestion du régime dans laquelle l'Etat veut s'inviter au côté du patronat et des organisations de salariés.

On comprend que l'exécutif ait choisi de prendre son temps sur l'assurance-chômage, complexe sur le fond et sensible politiquement. Si, a priori, il n'est pas question pour lui de renvoyer le dossier à la négociation entre partenaires sociaux, certains, à l'instar d'Alain Griset, soulignent que pour lancer une telle discussion entre patronat et syndicats, il n'y a « pas besoin que l'Etat nous convoque ».